Histoire des pensées
sociales – science politique – Lane
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La question fondamentale
du cours: qu’est-ce que la démocratie?
Abraham Lincoln at the battle of
Gettysburgh, 1863: « Democracy is
government by the people (participation: Rousseau), for the people (liberté et égalité: Tocqueville), of the people (représentation: Weber). »
Rejette la pensée médiévale selon laquelle tout pouvoir vient de Dieu: les
deux épées de la raison (imperium - pouvoir du suzerain) et de la foi
(sacerdotium - pouvoir de l’Eglise).
S’interroge sur la condition naturelle de l’homme selon que l’on considère
ce dernier tantôt égoiste (épicurien) tantôt altruiste (stoicien).
« Traité du droit de la guerre et de la paix », 1625
Selon Grotius l’homme est épicurien mais tout de même soumis à un droit
naturel (principes de la raison):
·
S’abstenir
des biens d’autrui
·
Réparer les
dommages causés
·
Ne pas
mentir
·
Tenir parole
(respecter les contrats: Pacta sunt servanda)
Grotius accepte l’esclavage et l’absolutisme. Il ne précise pas la raison
qui pousse l’homme à tenir parole.
« Leviathan », 1651
Considère l’homme comme
fondamentalement égoiste: « Society is brutish, nasty, poor and
short ». Dans le Prisoner’s
Dilemma l’individu choisira toujours le
Nash Equilibrio (=stratégie rationnelle individualiste, par opposition au
Pareto optimal = stratégie rationnelle collectiviste). Mais une société où
chaque individu choisit la défection est vouée au chaos.
Hobbes conçoit alors un grand contrat public appelé « Etat ». Ce
sont des règles établies (droit positif et pas naturel) qui prévoient un
châtiment en cas de transgression. L’Etat a tout pouvoir sauf celui de tuer
arbitrairement les individus. Ceux-ci s’y soumettent par peur. Ainsi l’Etat
force les individus à choisir le Pareto optimal.
« Two treaties on
government », 1690
Considère l’homme comme fondamentalement altruiste. Les droits naturels de
l’homme sont le respect de la vie, de la
liberté et de la propriété. Un grand contrat social instituant un
gouvernement ne serait que le reflet de ce droit naturel basé sur la confiance.
Gouverner est un rapport de
confiance entre les mandataires et les mandants. Si les mandataires venaient à ne plus respecter
la vie, la liberté et la propriété les mandants seraient en droit de faire la
révolution. Locke ne précise cependant pas s’il s’agit de la liberté négative
ou positive.
|
|
Hobbes |
Locke |
|
Condition naturelle de
l’homme |
épicurien |
stoïciste |
|
Rapport au grand contrat
politique |
soumission |
réciprocité |
|
Droit |
positif |
de l’homme |
« Le contrat social », 1750
Rousseau est un homme paradoxal dont les idées manquent parfois de
cohérence. Homme classique ou homme moderne? . Homme communiste ou homme fasciste?
Homme romantique et sentimental, homme nationaliste et de la communauté, homme
droit et rationnel, homme de la conscience et du coeur.
Pour Rousseau l’homme de nature est fondamentalement bon. L’homme devient
mauvais, égoïste au travers de la culture, càd lorsqu’il interagit avec les
autres. C’est l’institution de la propriété qui détruit la bonté naturelle de
l’homme et le pousse à vouloir se saisir du bien d’autrui par la force.
Pour sortir de cet état d’anarchie Rousseau reprend le construit de Hobbes: le grand contrat social.
Ce grand contrat n’est juste que si tout le monde s’y soumet, à l’unanimité
et de manière volontaire. « Chacun de nous met en commun sa personne et
toute sa puissance sous la suprême direction de la volonté générale; et nous
recevrons en corps chaque membre comme partie indivisible du tout. »
Rousseau appelle cette association « corps politique »,
« Cité » ou « République ». Incarnant la volonté générale elle
est inaliénable, indivisible, infaillible et absolue.
·
Le passage
de la liberté naturelle à la liberté sous les lois (appelée
« autonomie »), de la possession par la force à l’institution de la
propriété, de l’instinct à la justice.
·
La
transmission des pouvoirs des individus à la communauté. Celle-ci est dirigée
par l’intérêt général. Elle représente un pouvoir
« souverain, inaliénable, indivisible, absolu, sacré. »
·
L’union de
chaque individu en une identité collective ou morale. Chaque membre est une
partie indivisible du tout.
·
L’intérêt
commun, l’utilité publique, les vrais intérêts d’un peuple. Recèle l’idée de
« Nation ».
·
La volonté
de tous, l’unanimité. Ce critère procédurier est nécessaire pour la
justification du contrat. Si l’unanimité n’est pas atteinte: « Quiconque
refusera d’obéir à la volonté générale y sera contraint par tout le corps; ce
qui ne signifie autre chose qu’on le forcera à être libre. » C’est le
despotisme de la liberté.
Rousseau soutient une démocratie directe avec la participation de tous. Le
Souverain a le pouvoir législatif et nomme les chefs qui seront chargés de
l’exécution de la loi (administration publique).
Hume, « Traité de la
nature humaine », 1740
Un grand contrat social instituant l’Etat sur la base de droits naturels
n’est qu’une construction fictive. Pour Hume l’Etat est une institution
historique qui évolue en fonction de son utilité. La justice est fondée sur le
sens mora et non la raison.
Kant, « Projet de paix
éternelle », 1796
Kant est universaliste: c’est l’impératif catégorique - la voix de la
conscience morale universelle - qui est le fondement de la justice entre les
hommes et les femmes (et non la démocratie). Il soutient une grande fédération
entre les Etats pour maintenir une paix conforme à la loi morale universelle et
rejette l’idée de « volonté générale » parce que trop nationaliste.
« De la démocratie en Amérique », Tome I 1835, Tome II 1840.
C’est une théorie empirique de la démocratie (par opp. à Rousseau qui développe
une théorie normative).
Analysant les sociétés américaine puis française Tocqueville élabore une théorie de la transformation vers une
société démocratique.
Un système démocratique se compose de 2 parties:
1. Société démocratique (ou société civile)
2. Gouvernement / état démocratique
et de 2 problématiques:
1. Quelles conditions faut-il avoir dans une société
démocratique pour assurer un état démocratique stable?
2. Quelles sont les tendances d’un état
démocratique dans son emprise sur la société civile?
Quelles conditions faut-il avoir dans une société
démocratique pour assurer un état démocratique stable?
1. Instabilité législative et administrative
2. Tyrannie de la majorité (51%)
3. Egoisme de l’élite (les élus)
Tocqueville propose la décentralisation
politique et les associations libres comme remèdes aux problèmes de
la démocratie majoritaire.
Par opposition
à une société de classes la société démocratique se caractérise par
l’individualisme et le rationalisme. C’est libres et égaux que les individus
peuvent agir dans la société (sur les marchés). Mais il s’agit d’une égalité
formelle (tous ont les mêmes chances) et non d’une égalité réelle (tous ont les
mêmes résultats). Livré à lui-même cet individualisme peut conduire à l’égoisme
et la solitude: c’est l’échec favorisant l’avènement de la dictature (homme
fort).
Tocqueville propose les
associations libres comme remède au problème de la solitude dans une société
anonyme. Les associations
libres défendent les libertés locales des individus, elles permettent au peuple
de défendre ses intérêts dans les affaires de tous les jours.
Elle se caractérise par:
1. Fédéralisme: principe de la souveraineté du peuple (sur
la Chambre des Représentants et du président); principe de la fédération
(indépendance du Sénat envers le peuple); partage des pouvoirs entre le Sénat
et le président, administration fédérale légère.
2. Séparation des pouvoirs (trias politica)
3. Checks and Balances:
l’entité législative a des pouvoirs exécutifs; l’entité exécutive a droit de
veto sur toutes les lois adoptées par le législatif.
4. Legal Review (or Judicial Review): tous les juges ont le pouvoir de proclamer l’inconstitutionnalité d’une
loi (législatif) ou d’une décision (exécutif). La Cour Suprême tranche en
dernier lieu en invoquant soit due process soit equal protection.
Quelles sont les
tendances d’un état démocratique dans son emprise sur la société civile?
Il faut distinguer entre:
Liberté négative: L’Etat
est limité dans son action de manière à garantir la liberté de l’individu.
Liberté positive: L’Etat
intervient et met gratuitement à disposition de l’individu tout ce dont ce
dernier a besoin pour exercer sa liberté (Etat Providence).
Egalité formelle: Tous
les individus ont les mêmes opportunités.
Egalité réelle: L’Etat
intervient pour assurer l’égalité entre les individus (égalité dans les
résultats).
Tocqueville constate qu’entre liberté et égalité les individus préfèrent
l’égalité; et en l’occurence l’égalité réelle.
Tocqueville est favorable à
la liberté négative et à l’égalité formelle (Welfare
Society). Mais cette préférence qu’ont les individus pour la liberté
positive et l’égalité réelle (Welfare
State) entraîne une expansion du pouvoir de l’Etat et constitue une menace
pour la liberté du secteur privé et la société civile.
En cela Tocqueville a brillament anticipé le conflit entre libéralisme et
socialisme-marxisme.
Max Weber à écrit des articles sur l’économie, la religion et les relations
politiques avec une perspective historique et contemporaine sur la domination
des Occidentaux. Il distingue le comportement des individus de l’intention qui
motive ce comportement. Un acte est un comportement ayant une intention.
L’activité et son sens sont les éléments fondamentaux de la vie sociale.
Pour Weber les comportements peuvent être:
Rationnels en finalité: (Means-End
Rationality): Le comportement est rationnel sur la fin et sur les moyens mis en
place pour atteindre les objectifs.
Rationnels en valeur: (End
Rationality): Le comportement est orienté sur un but (valeur), tous les moyens
sont bons à l’atteindre (fanatisme).
Affectuels ou émotionels: Le
comportement est déterminé par des passions ou des sentiments.
Traditionnels: Le
comportement est orienté selon la coutume.
Pour Weber les 3 épées de la rationalité sont la science naturelle, le capitalisme et l’Etat moderne.
Weber distingue trois types de domination:
1. La domination légale
2. La domination traditionnelle
3. La domination charismatique
Il fait également une distinction entre le détenteur du pouvoir (le chef),
la direction administrative (les serviteurs) et la population.
Sa légitimité est
rationnelle: c’est un ordre impersonnel, objectif, légalement arrêté.
C’est une autorité constituée dont le pouvoir est soumis aux lois. Il est
assis sur l’appareil bureaucratique. Weber attribue 8 caractéristiques à
l’idéal-type de la bureaucratie:
1. Le devoir public (vocation)
2. La hiérarchie
3. La division du travail, assurant une
compétence maximale à chaque tâche
4. La rémunération par contrat seulement
5. La qualification professionnelle
6. L’avancement réglé
7. La non appropriation du bien public
8. La discipline et le contrôle
La démocratie a cette légitimité légale; mais également les systèmes autoritaires
modernes (Singapour, Chine) et les systèmes totalitaires modernes (fascismes).
Sa légitimité est
traditionnelle: on obéit à la personne détentrice du pouvoir en vertu de la
dignité personnelle conférée par la tradition. Le chef est lui-même soumis à
cette tradition.
Weber distingue
·
La domination patrimoniale: c’est le sultanisme où la relation entre
le chef et ses serviteurs est privée. Le peuple est soumis. C’est une
domination arbitraire où on ne fait pas de distinction entre biens privés et
biens publics: tout appartient au chef. Ainsi on ne fait pas de distinction
entre le chef et l’Etat. Le chef est au-dessus des lois.
·
La domination féodale: la relation entre le chef et ses serviteurs est
basée sur le principe de réciprocité. Les vassaux ont des droits face au
seigneur: celui de décider avec lui (consilium). En contrepartie ils ont un
devoir de fidélité et d’aide (auxilium et hommagium). La partie qui contrevient
commet un acte de félonie. Le fief est le paiement du seigneur à son vassal
pour les services rendus (essentiellement militaires). Ce système est instable
lorsque le roi est faible: les vassaux en possession des fiefs (et de la
direction administrative) contreviennent à la fidélité personnelle.
La
féodalité est à l’origine de la monarchie constitutionnelle dotée d’un
Parlement (consilium). Le chef est soumis aux lois.
Sa légitimité est
charismatique: le chef est qualifié par son charisme en vertu de la confiance
personnelle en sa révélation.
Le charisme est la grande puissance révolutionnaire des époques liées à la
tradition. Mais la domination charismatique n’est pas stable: il est difficile
de trouver un successeur qui détient une même légitimité charismatique. Ainsi
d’une domination charismatique on tombe soit dans une domination rationnelle
soit dans une domination traditionnelle (« Aux époques prérationalistes,
tradition et charisme se partagent à peu près la totalité des orientations de
l’action »).
Pour Weber la démocratie moderne est un mélange entre une bureaucratie
forte (rationalité) et des chefs plébiscités (charisme). Les chefs fixent les
buts, la bureaucratie dispose des moyens pour les atteindre.
La démocratie moderne est fondée sur la représentation (government of the
people) et les partis politiques. Ceux-ci, représentés dans le Parlement,
constituent les élus, l’élite choisie pour diriger comme bon leur semble. Ils
sont les dominants dans une démocratie représentative, dont la tendance est
élitiste.