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Benjamin
Constant (1776 – 1830)
Vie et œuvre
Benjamin
Constant naît à Lausanne dans une famille protestante d’origine française.
Son père est colonel au service des Provinces Unies. Dans sa jeunesse, il
voyage beaucoup (chef de protocole dans la Cour allemande). Il est favorable
à la Révolution française. Toujours sentimentalement agitée, il commence, en
1794, une
liaison avec Germaine de Staël-Holstein, l’animatrice du Cercle de
Coppet qui est un foyer du libéralisme anti-napoléonien et du romantisme.
Ses premières écritures politiques défendent le Directoire contre les
mouvements réactionnaires. Constant
devient un écrivain romantique (aussi nationaliste). Il se rallie à Napoléon
pendant les Cent jours, chargé de rédiger l’Acte additionnel aux
Constitutions de l’Empire. Il formule sa théorie du régime parlementaire
en 1815
dans Principes de politique applicables à tous les gouvernements
représentatifs. Après la seconde abdication de Napoléon, il se réfugie à
Bruxelles, puis en Angleterre. Adolphe est sa plus fameuse nouvelle
(1816). En 1819, il entre
encore une fois dans la politique active comme député dans la Chambre des
Communes. Après la Révolution de juillet, à laquelle il apporte son soutien,
il meurt. Postulats de sa philosophie
politique
Le but de
toute société est la liberté, qui n’existe pas sans propriété. La liberté, c’est la
faculté d’être heureux (hédonisme) sans qu’aucune puissance humaine
ne trouble arbitrairement ce bonheur. Il associe donc la liberté à un sentiment
(démarche romantique, \ définition métaphysique). Et il ne veut protéger l’individu pas
seulement contre l’Etat, mais aussi les autres individus. L’arbitraire est
l’ennemi principal de la liberté. En conséquence,
Constant se met à la recherché des sauvegardes contre l’arbitraire (droit
public). Il apparaît comme le premier théoricien du régime parlementaire
classique. De la souveraineté légitime
Il n’y a que
deux pouvoirs : l’un illégitime fondé sur la force, l’autre légitime
fondé sur la volonté générale. Même s’il reprend l’expression de
Rousseau,
il le critique vigoureusement. Il attaque surtout l’idée d’aliénation de tous
les droits naturels dans le contrat social. « L’action
qui se fait au nom de tous étant nécessairement de gré ou de force à la
disposition d’un seul ou de quelques-uns » - ce n’est donc pas un jeu à
somme nulle entre ce qu’on gagne et ce qu’on perd. Poussée à l’extrême, cette
force – l’Etat – enlève aux citoyens tout ce qu’ils ont. « Rousseau
a déclaré que la souveraineté ne pouvait être ni aliénée, ni déléguée, ni
représentée. C’était déclarer en d’autres termes qu’elle ne pouvait être
exercée, c’était anéantir de fait le principe qu’il venait de
proclamer ». En pratique, le citoyen est surtout sujet, et il est facile
pour l’autorité d’«opprimer le peuple comme sujet, pour le forcer à
manifester comme souverain la volonté qu’elle lui prescrit ». Voilà le mécanisme
fondateur du totalitarisme, que Benjamin Constant dénonce déjà en
1815 ! Il condamne aussi la « religion civile » de Rousseau
comme « système de servitude ». Dans les écritures du Genevois, il
voit un « totalitarisme potentiel ». La souveraineté
populaire (Rousseau) est remplacée avec la souveraineté nationale
(Constant). La souveraineté limitée
La souveraineté
du peuple n’augmente pas encore la somme de ses libertés, parce que si la
souveraineté est illimitée (peu importe à qui elle appartient), elle
fait du mal, elle est inhumaine. Qu’est-ce que
la solution ? Est-ce que « le pouvoir peut arrêter le
pouvoir » (Montesquieu) ?
Non. La souveraineté légitime du peuple ne peut être qu’une souveraineté
limitée et relative à la dimension politique de l’être humain. Autrement
dit : Il y a une dimension qui ne doit jamais être touché par le pouvoir
public, même si la majorité le veut ainsi. Benjamin Constant nous donne un
catalogue de droits fondamentaux : o
la liberté
personnelle (corporelle) o
la liberté
religieuse o
la liberté
d’opinion et sa diffusion (liberté de la presse) o
la
jouissance de la propriété o
la
garantie contre tout arbitraire Ces droits
fondamentaux suivent une conception strictement individualiste. Il n’y
a pas des droits collectifs comme la liberté d’association ou de la
réunion. La sanction de
la violation de ces droits fondamentaux n’est pas seulement la désobéissance.
Il s’inspire de la Déclaration des droits de l’Homme et du Citoyen de 1789
qui a reconnu la légitimité de la « résistance à l’oppression ». Organisation du pouvoir
étatique
Constant n’est
pas un révolutionnaire. Il préconise un système de distribution des pouvoirs
(Locke, Montesquieu)
qui débute sur un système parlementaire censitaire. 5 pouvoirs
fondamentaux : 1) Le pouvoir royal
Neutre :
Il règne, mais il ne gouverne pas. Inviolable. C’est le vice de la plupart
des Constitutions de ne pas avoir un tel pouvoir qui peut intervenir en tant
qu’arbitre lorsque les autres pouvoirs excèdent leurs limites. Le monarche a
le droit de faire grâce, nommer les ministres, nommer les membres de la
chambre haute et dissoudre l’assemblée représentative de l’opinion pour faire
des nouvelles élections. 2) Le pouvoir ministériel
(gouvernement)
Le gouvernement
est responsable pour tous ces actes. L’instrument juridique est le
« contre-seing ministériel » : l’obligation pour
tout acte de l’exécutif d’avoir la signature du ministre et du roi.
Les ministres peuvent être destitués pour le mauvais emploi de leur pouvoir
légal, les actes illégaux et les attentats contre les libertés, sûretés et
propriétés individuelles. La procédure à suivre est la procédure
anglo-saxonne de l’ Impeachment. Ni
l’institution du Premier ministre, ni la vote de méfiance sont
institutionnalisés par Constant. Mais la responsabilité ministérielle existe
quand-même, tant politique que pénale. 3) Le pouvoir représentatif de
la durée ou la chambre haute héréditaire
Selon Constant,
l’exemple anglais et Montesquieu
illustrent parfaitement le besoin des prérogatives constitutionnelles à
l’aristocratie, la classe entre le roi et le peuple. La justification
principale pour le maintien d’une Chambre des Peers est l’indépendance
que l’hérédité est censée assurer. C’est pour ça que la chambre haute est
chargée de juger les ministres mise en accusation par la chambre
basse. 4) Le pouvoir représentatif de
l’opinion ou la chambre basse populaire
La chambre
basse est élue au suffrage direct par les citoyens propriétaires (suffrage censitaire).
Constant a un bon regard pour la classe ouvrière, mais il ne croit pas
qu’elle peut connaître ses intérêts. « Le loisir est indispensable à
l’acquisition des lumières, à la rectitude du jugement. La propriété seule
assure ce loisir : la propriété seule rend les hommes capables
de l’exercice des droits politiques ». Constant a aussi peur que le
clergé pourrait influencer la classe ouvrière pour restaurer l’Ancien Régime. Il est possible
d’être député et ministre en même temps. 5) Le pouvoir judiciaire
Le pouvoir
judiciaire est d’avantage une force sociale et constitutionnelle qu’un vrai pouvoir
dans le sens politique. Il doit être strictement indépendant afin
notamment de prévenir et sanctionner l’arbitraire. Les juges sont nommés par
le monarche (contre-seing). Contrairement
aux députés, pour lesquels Constant ne prévoit aucune rémunération, les juges
doivent se voir attribuer des appointements considérables afin que leur
indépendance soit sauvegardée. En plus, le juge est inamovible. Autonomie locale
Contrairement à
bien des autres français de tradition jacobine, Constant y est très
favorable. Ce qui n’intéresse qu’une fraction de la population doit être
décidée par elle seule. Religion et société
Né athée, il
retrouve une fois chrétienne libérale. Il juge la religion nécessaire à
l’homme mais il est contre l’abus de la religion par la politique. Constant
est partisan d’une tolérance totale et pour la séparation de l’Eglise
et de l’Etat. Liberté de la presse
Dans les
sociétés modernes, la presse est la garantie des garanties. La presse
est le dernier rempart contre les abus de pouvoir et l’arbitraire. Les relations internationales
La guerre est
un fait du passé féodal et maintenant remplacée par le commerce. « La
guerre et le commerce ne sont que deux moyens différents d’arriver au même
but, celui de posséder ce que l’on désire ». Constant se montre
anti-impérialiste et anti-colonialiste. Les relations
internationales sont la responsabilité du gouvernement, contrôlé par le
Parlement, qui doit cependant seulement ratifier les traités portant échange
de territoire. Les assemblées représentatives accordent les levées d’hommes
et votent sur les impôts, ils sont donc « la seule garantie contre les
guerres inutiles ou injustes. » Conclusion
Certains idées originales de Benjamin Constant nous
apparaissent plus comme telles parce qu’elles sont passées dans nos mœurs
(i.e. parlementarisme, libertés individuelles, séparation Eglise – Etat). Constant a eu une influence considérable sur la
monarchie de 1831, sur la Constitution belge de 1831 et sur le droit public
de nombreux pays, même des Républiques. |
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