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Montesquieu
(1689 – 1755)
Nouveau contexte au 18e
siècle: Les Lumières
Le siècle avant
la révolution française est intellectuellement marqué par la raison, la science,
et le respect pour l’humanité. On a l’impression de sortir des siècles de
l’obscurité et de l’ignorance. C’est dans cette période qu’apparaît l’Encyclopédie
de Diderot et d’Alembert (à laquelle aussi Rousseau
et le physiocrate Quesnay font une petite contribution) C’est l’époque de Voltaire. Montesquieu,
un aristocrate, élabore une doctrine libérale aristocratique. « L’Esprit des
lois » (1748)
L’esprit, ce sont les principes, motifs,
pulsions et tendances d’après lesquels on se dirige. Montesquieu constate une
grande diversité des lois et des mœurs, mais constate également que ceux-ci
ne sont pas uniquement formés par la fantaisie des hommes, qu’il y a des
régularités, des lois. Il existe un esprit des lois, diffèrent
pour chaque nation. Toute loi suppose un rapport. L’esprit des lois, c’est
les « divers rapports des lois avec divers choses ». Il y a des causes
physiques (i.e. climat) et des causes
morales (religion, tradition, mœurs et manières) à l’origine de l’esprit
des lois. Une justice primitive précède les lois, il y a donc une logique.
L’existence d’un esprit des lois est évidente pour Montesquieu. Théorie des gouvernements (Livre 1 – 8)
Il abandonne la
classification courante de l’époque (démocratie, aristocratie, monarchie) et
distingue selon le nombre de personnes qui sont souverains :
Chaque type de
gouvernement a sa propre nature (structure) et ses propres principes
(ressort). 1a) République démocratique
La démagogie et la corruption sont des grands dangers qui peuvent
mener à la tyrannie ou l’ochlocratie. Les conditions qui sont primordiales
pour la santé des républiques démocratiques sont : manufactures,
commerce, finances, richesses, luxe. Comme dans le despotisme, les hommes sont tous égaux. Mais dans le
despotisme, ils sont rien. Dans la république démocratique, ils sont tout. 1b) République aristocratique
o Nature : Certain nombre de nobles sont souverains (le plus grand nombre, le mieux), distinguées par la naissance, préparées par l’éducation.
La corruption peut surgir si cet esprit de modération est oublié. C’est une démocratie restreinte, condensée, épurée. 2) Monarchie
o Nature : Un seul est souverain, mais il y a des lois fixes et établis (dépôt des lois, Parlement). Les pouvoirs intermédiaires (noblesse, clergé, villes) sont aussi des contre-forces. o Principe : Honneur, soif de préférences, de distinctions, d’honneurs La corruption peut apparaître si les pouvoirs intermédiaires sont supprimés (cf. Machiavel) ce qui peut mener au despotisme. Ex : Venise, Pologne. 3) Despotisme
o Nature : un seul détient le pouvoir arbitraire et illimité. o Principe : la crainte, la violence, avec le but de la tranquillité. C’est ce que Locke appelle la « paix des cimetières ». Le savoir, l’éducation, peuvent être dangereux parce que l’obéissance des sujets suppose l’ignorance. Montesquieu interprète la Constitution de la France. Il voit dans Louis XIV quelqu’un qui a corrompu le vrai gouvernement monarchique (tempéré). Peu importe si on passe d’une Monarchie à une République ou vice-versa. Mais le passage au despotisme, c’est la catastrophe. Malheureusement, c’est le repoussoir de la vraie monarchie. On va vers le despotisme chez tous les peuples (i.e. sultans turcs). Comment donc éviter le despotisme ? Théorie de la liberté
politique (Livre
11)
Montesquieu
fait un progrès : Il ne se contente plus d’exiger un gouvernement modéré,
mais la liberté politique. La liberté politique, c’est faire ce qu’on
doit vouloir, ce que les lois permettent. Montesquieu
pense, suivant Aristote, Platon
et Locke, que seul le pouvoir peut arrêter le pouvoir.
Il analyse la Constitution de l’Angleterre (Monarchie modérée) après 1688, dont le but
est la liberté et le moyen le gouvernement mixte : 1)
Peuple en corps (Chambre des Communes). Dans
les grands Etats : des représentants. Droit de statuer. 2)
Noblesse (Chambre des Lords). Elle se trouve
toujours en danger de perdre ses prérogatives. Il faut donner à la noblesse
un veto, spécialement sur les questions des finances. Pas le droit de
statuer. 3)
Monarche, exécutif,
ou comité du législatif. Il y a un
enchaînement mutuel des forces: 1)
Législative: annuelle (budget, armée permanent). Faculté
de statuer. Contrôle parlementaire. Impeachment contre un ministre. 2)
Exécutive :
Seul droit de convoquer
la législative (pour sa sûreté). Faculté d’empêcher. Monarche inviolable. 3)
Judiciaire (« en quelque sorte nulle ») Ces trois branches
sont force d’aller en concert. Dans tous les gouvernements modérés, l’indépendance
de la juridiction est important (démocratie, aristocratie, monarchie) Théorie des climats (Livre 14 – 18)
Jean Bodin
précède Montesquieu avec sa version de la théorie des climats. Il
distingue : Nord (force), Midi (religion), tempéré (raison &
justice) mais précise que la discipline (homme-esprit, vertu, honneur)
peut changer la nature (homme-animal). Montesquieu va
dans le même sens. Il croit que la température a une influence
décisive (fibres). Dans les régions froids, l’homme est fort, a beaucoup des
connaissances et est peu sensible au plaisirs (il pense aux Anglais…), ont a
la monarchie et la liberté. Dans les pays chauds, les gens paresseux
préfèrent le despotisme. Pourquoi en
Asie a-t-il un esprit de servitude, et en Europe un esprit de liberté ?
Parce qu’il n’y a presque pas de zones tempérés en Asie, et la surface
des Etats est grands. En Europe, les zones tempérés sont étendues et les
Etats ont une étendue moindre. Donc tout est
déterminé par la nature ? Montesquieu nous met en garde contre ce
déterminisme. Il y a quand même des bonnes et des mauvais
législateurs. Le climat est seulement un facteur de ce qu’il
appelle l’ « esprit général » d’une nation. Théorie de l’esprit général (Livre 19)
L’esprit
général, c’est le
climat, la religion, les lois, les maximes du gouvernement, l’influence des
choses du passé, les mœurs et les manières. La variable qui est dominante
varie selon la nation : Les sauvages sont dominé par le climat, les
Chinois par les manières, les Romains par les maximes, et les peuples
civilisés par les mœurs. Il ne faut pas tenter de changer l’esprit
général. Il faut changer les mœurs que par des nouveaux mœurs, et les lois
seulement par des nouveaux lois. Mais les lois
et mœurs s’influencent mutuellement. Normalement, les mœurs, qui donnent le
ton à l’esprit général dans les pays civilisés, devraient influencer les
lois. Mais en Angleterre, où la liberté politique est le but de la
Constitution, les lois influencent aussi les mœurs (même si ce n’est pas
leur but). Les gens ont le sentiment qu’il doivent tout sacrifier pour ce
grand but de la liberté. Acceuil
Il y a un grand
enthousiasme; l’œuvre est lu et discuté partout, aussi chez les puissants.
Montesquieu est accusé par des ecclésiastiques de déterminisme (théorie des
climats), de spinozisme (déterminisme et athéisme) et de panthéisme.
Les Encyclopédistes lui critiquent parce qu’il n’est pas assez philosophe
pour eux ; il ne fait pas « tabula rasa ». Montesquieu est
« seulement » un conservateur éclairé. L’auteur se
défend par un petit ouvrage (1750). La constitution des
Etats-Unis (« checks and balances ») est fortement influencée par
la pensée de Montesquieu. Annexe : comparaison des classifications des régimes politiques
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