Thomas d’Aquin (1225 – 1274)

Théologe et philosophe italien. Fait de la théologie une science. Synthèse de l’aristotélisme redécouvert chez les Arabes d’Espagne et de la tradition chrétienne occidentale déjà tributaire de Platon et Cicérone via Augustin.

Vie et œuvre

La famille de Thomas prévoit pour lui une carrière d’abbé bénédictin au monastère de Mont Cassin. Contre la résistance de ses parents, il suit un autre chemin. Il étudie à l’Université de Naples, où il entre en contact avec le nouvel ordre des Dominicains. A l’âge de 19 ans, il entre cet ordre. Sa mère lui laisse sequester, mais il est libéré après une année.

 

Il étudie auprès Albert le Grand (un des principaux introducteurs d’Aristote redécouvert ; contacts avec les Arabes de l’Espagne) aux Universités de Paris et de Cologne. Thomas d’Aquin enseigne à Paris et en Italie et devient protégé du Pape Alexandre IV.

 

Œuvres : Summa theologica (1265 ?), De regne, De regimine principum (1256).

Cette Somme théologique est tout autant philosophique que théologique. Il postule que la raison, dont le Créateur a doté les humains, ne peut jamais contredire la révélation. La révélation dépasse tout simplement l’ordre naturel accessible à la raison. La foi et la raison peuvent aider à obtenir le salut.

Fondements philosophiques de sa doctrine politique

Existence – essence : L’Etre suprême a une essence qui est pure existence, cause première pour toute essence, cause immédiate de toute existence, cause finale de tout être. Tout vient de Dieu, tout tend vers lui selon une loi éternelle : « la raison suprême existant en Dieu ».

 

L’homme n’est pas un animal social, mais un animal politique parce qu’il possède la volonté. Cette volonté doit pratiquer les vertus au niveau individuel, familial, et social/politique.

La morale

L’homme doit trouver une conduite volontaire conforme à sa nature.

 

Les vertus en relation avec nos semblables :

1)      La prudence

2)      La justice, dont la fin est le bien commun

3)      La force qui maîtrise l’irascibilité

4)      La tempérance qui maîtrise les plaisirs sensuels

 

Les vertus en relation avec Dieu :

1)      La foi

2)      L’espérance

3)      L’amour, la charité

 

Thomas d’Aquin réhabilite la raison. Mais elle est limitée dans ses possibilités et donc complétée par la foi. Par conséquent, la philosophie reste servante de la théologie, mais elle est autonome dans ses méthodes fondées sur la raison.

Des différentes sortes de droits et du bien commun

Il y a trois sortes de lois ou de droits qui dépendent de la loi éternelle mentionnée plus haut :

1)      La loi divine : révélée par l’Ancien et le Nouveau Testament

2)      La loi naturelle : inscrite à chaque être :
- Instinct de conservation
aussi chez les animaux
- Instinct de reproduction
aussi chez les animaux
- Subordination des passions à la raison ce qui se traduit dans l’ordre politique par la subordination des intérêts particuliers au bien commun. Le bien commun, qui est un bien moral, est à quoi doit tendre chaque groupe humain à chaque moment de son histoire pour atteindre la fin rationnelle qui lui assigne sa nature. Il procède directement de la loi naturelle.

3)      La loi humaine : droit des gens et droit positif. Ces lois varient selon lieu et temps.

Du pouvoir

Un gouvernement doit correspondre à la morale (subordination des intérêts particuliers). Seulement la poursuite du bien commun donne naissance à une souveraineté légitime. Cette souveraineté n’est toutefois pas absolue, mais limitée.

 

« Tout pouvoir vient de Dieu » (St. Paul). Thomas d’Aquin justifie cette assertion rationnellement :

 

La société est une exigence de la nature de l’homme.

Or pour vivre en société, il faut une autorité supérieure poursuivant le bien commun.

Donc l’autorité est une exigence de la nature.

 

Mais toutes les exigences de la nature viennent de Dieu.

Or l’autorité est une exigence de la nature politique de l’homme.

Donc l’autorité procède de Dieu.

 

« Tout pouvoir vient de Dieu par le peuple » (Thomas d’Aquin)

Typologie des gouvernements

 

Formes pures

Formes altérées

(poursuite du bien commun)

Monarchie

(pouvoir illimité)

Tyrannie

Aristocratie

Oligarchie

République

Démocratie

 

La typologie est reprise d’Aristote, mais le critère d’altération est la poursuite du bien commun. Thomas préfère la monarchie, mais sait que le régime royal est le plus fragile et le plus proche de la tyrannie. Par conséquent, il préconise un régime mixte : une monarchie tempérée d’aristocratie et représentation populaire.

 

Dans De regimine principum, Thomas d’Aquin insiste sur les vertus que doit posséder le monarche.

Remèdes à la tyrannie

St. Thomas déclare que le tyrannicide est inconforme avec la doctrine des apôtres, que ce n’est pas une initiative privée, « mais l’initiative publique qui doit s’attaquer à la cruauté des tyrans ». La solution, c’est d’un coté le peuple qui peut faire une rupture du lien d’allégeance ; de l’autre coté c’est l’église – qui, toujours supérieur au pouvoir temporel - peut intervenir (inspiration théocratique).

Conclusion

  • Résurgence des sources antiques (Aristote, Cicéro, etc.)
  • Les deux, la foi et la raison, peuvent aider à obtenir le salut
  • La philosophie reste servante de la théologie, mais elle est autonome dans ses méthodes fondées sur la raison

Postérité de Thomas d’Aquin : Francisco de Vitoria (1486 - 1546)

Développement du droit naturel et transformation progressive du droit des gens en droit international public. Un exemple de la deuxième scolastique espagnole est le théologien dominicain Francisco de Vitoria. Dans ses deux ouvrages, De Indis I et II (1539), il parle de la problématique des Indiens de l’Amérique latine. Il ne les considère pas comme « esclaves par nature » (Aristote).

Titres illégitimes à la domination des Espagnols sur les Indiens

1)      Pouvoir universel des Européens: Les Etats sont indépendants.

2)      Pouvoir universel du Pape : la bulle ne porte pas sur l’ordre temporel du Pouvoir.

3)      Droit de la découverte: Les Indiens ont découvert leurs terres!

4)      Octroi de la foi chrétienne : La foi est un acte libre.

5)      Adhésion de leur territoire à l’Empire espagnol : C’est aussi un libre choix des Indiens.

6)      Don spécial de Dieu : Francisco de Vitoria refuse cette extrapolation des passages de l’Ancien Testament.

Titres légitimes

Les titres légitimes justifient des relations personnelles et internationales entre les Espagnols et les Indiens, mais pas la conquête :

1)      Droit naturel à la communication et au libre établissement pacifique

2)      Droit d’évangélisation

3)      Protection des Indiens convertit

4)      Désignation d’un prince chrétien par le Pape (si la majorité le demande)

5)      Intervention pour des raisons d’humanité (sacrifices humains, etc.)

6)      Droit d’assistance aux alliés (sécurité collective, guerre juste)

7)      Droit de tutelle

Le droit international public

Les Etats forment une Communauté internationale qui a pour but le bien commun de l’Univers. Les postulats de Vitoria sur le Droit International Public :

1)      Les princes exercent la législative et l’exécutif de la Communauté internationale

2)     Droit de l’existence de chaque nation

3)     Droit à l’indépendance politique

4)     Droit à l’intervention de la Communauté internationale en vue du bien commun mondial.

5)     Droit à l’autodétermination

6)     Devoir d’assistance aux nations moins favorisées

7)     Respecter les pactes : Pacta sunt servanda

Conclusion

o        Communauté internationale à la poursuite du bien commun : origine du droit des gens

o        Protéger les Indiens contre les Espagnols : droits de l’homme

Après Vitoria

Hugo Grotius, De jure belli ac pacis (1625)

 

Leon XIII, pape (1878 – 1903), Aeterni Patris (1879), Rerum novarum (1891). Il élève la doctrine thomiste presque comme doctrine officielle de l’Eglise. Effet : Le lien entre la monarchie et l’Eglise va être rompu, et la doctrine sociale de l’Eglise (paupérisation de la population, syndicalisme théologique), commence ici.