Michel Hammer
veut nous donner des éléments factuels (en insistant sur le moins connu), mais
aussi nous introduire à la critique.
Quand Mikhail
Sergeyevich Gorbatchev arrive au pouvoir le 11/3/1985, est-ce un événement ? M. Hammer pense
que dans le temps court, on peut répondre par la négative. Gorbatchev mets ses
propos dans la ligne de ses prédécesseurs. A priori, il est difficile de voir une
différence (à part son âge de seulement 54 ans) par rapport à Constantin Tchernienko
(1911 – 1985), Youri Andropov (1914 – 1984),
et à Léonide Brejnev (1906 – 1982 ; SG 1964 - 1982). Sous ces trois leaders, presque tous
les réformes dans l'URSS sont arrêtés. Gorbatchev est désigné très rapidement après la
mort d'Andropov. On se souvient de la crise de succession entre la mort de
Lénine et la désignation de Staline (qui se place sur le niveau de la durée moyenne).
Mais si on se mets sur le temps long, l’arrivée au pouvoir de Gorbatchev
est un événement majeur dans l’histoire.
Gorbatchev introduit des réformes économiques (qui échouent), et il est le dernier SG et chef d’État de
l’Union Soviétique, qui cesse d’exister le 25/12/1991.
Sur le plan du droit international public, la Fédération de la Russie est le
successeur de l’URSS.
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Date |
Membres permanents
du Conseil de Sécurité |
|
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1945 |
USA, GB, F, URSS, Chine nationaliste |
Résultat de la
Deuxième Guerre Mondiale |
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1971 |
USA, GB, F, URSS, République populaire de la Chine (RPC) |
Capacité de
blocage passe d’une puissance libérale à une puissance communiste (RPC) |
|
1991 |
USA, GB,
F, Fédération de la Russie, RPC |
Capacité de
blocage passe à la Russie |
Gorbatchev parle
très peu de ses prédécesseurs immédiats ; il s’auto affirme plutôt en
s’opposant à la ligne de Brejnev. Il appelle les 18 ans de sa règne Zastoi
(stagnation). Gorbatchev dit, en 1986,
que le pays perds ces objectifs. Il critique que le peuple est
condamné à servir l’idéologie. Il condamne aussi une militarisation outrance (remarque
personnelle : cette militarisation est provoqué par les Etas-Unis). Bref,
le socialisme s’étouffe dans le système administrative, dans la bureaucratie.
Gorbatchev apprends au monde deux mots qui mérite être analysés de plus proche :
-
Perestroïka : reconstruction, restructuration avec un
élément novateur
(pere = "de nouveau" ou "à nouveau" ; stroi
= "construire"; ka = "processus")
-
Glasnost : ouverture ; les dirigeants doivent
désormais se mettre à l’écoute de l’aspiration de la base
(glas = "voix" ; "transparence" est une fausse
traduction, parce que la censure existe toujours ; "ouverture"
semble plus approprié)
Déjà Alexandre II utilise le mot Glasnost dans le sens de "la
bonne volonté du gouvernement d’accepter des débats sur certains sujets si le
débat est constructive". Les critères pour ce qui est constructive sont
fixés par le pouvoir, naturellement.
On constate une
manque de rigueur sémantique. Selon Hammer, le manque d'un discours cohérent
est le reflet d'un manque de pensée cohérent, alors il ne peut pas avoir de politique cohérente.
Il y avait toujours une histoire officielle dans l’Union Soviétique. Pour
Gorbatchev, l’histoire du pays peut être découpées dans trois périodes :
|
1928 – 1953 |
Culte de la
personnalité |
Staline |
|
1955 – 1964 |
Période du
« subjectivisme » et du « volontarisme » |
Khrouchtchev |
|
1964 – 1982 |
Période de la
stagnation |
Brejnev |
On remarque l’absence de Lénine, qui est mentionné par Gorbatchev que pour retenir la forme. Et quand il parle du leader révolutionnaire, il mets surtout en évidence sa Nouvelle Politique Économique (NEP), donc l’élément réformateur de Lénine (mélange entre économie socialiste et libérale).
Revenons à Léonide Brechnev. Y-a-t-il vraiment stagnation sous Brejnev ? Il introduit le travail à 5 jours. Pendant son temps, il y a aussi de nombreuses innovations technologiques.
En politique étrangère, il a une conception mondiale, et non continentale, de la puissance soviétique. Il signe des traités de rapprochement avec l'Égypte, l'Inde (1971), l'Iraq (1972), la Somalie (1974), la Syrie (1980), et le Congo-Brazzaville (1981). En 1982, l'espace soviétique hors de l'Europe a augmenté considérablement: l'Angola, le Moçambique, le Yémen du Sud, le Vietnam, le Cambodge, le Laos, ...
La conception de la détente est aussi particulière à Brejnev. Il signe l'Acte finale de Helsinki (1975), comme 34 autres chefs d'Etat. Une idée venant initialement de Moltov, qui voulait essentiellement maintenir le statu quo (frontières, reconnaissance de la souveraineté) en Europe, ce qui implique une acceptation des changements de frontières de la Pologne et de la division de l'Allemagne. C'est le premier corbeille. Le deuxième corbeille dans l'Acte finale est une intensification des rapports économiques. La corbeille la plus controversé, est le troisième: le respect des droits de la personne et des libertés individuelles (liberté d'expression, de religion, et de mouvement).
C'est un code de bonne conduite, si on veut. Mais aucune sanction n'est prévue (Hammer: méta-politique - infra-juridique). L'URSS et ses satellites continuent à violer les droits de leurs citoyens. En plus, comme on vient de voir, l'URSS a des ambitions expansionnistes hors de l'Europe: l'invasion de l'Afghanistan (12/1979) étant l'exemple le plus frappant de la violation des principes de Helsinki. Dans les yeux de Moscou, "toute élargissement des positions socialistes est un renforcement de la détente". Dans les yeux de l'Occident, la détente est indivisible.
| 1e Empire soviétique | Europe de l'Est |
| 2e Empire soviétique | Afrique |
| 3e Empire soviétique | Asie (intervention en Afghanistan) |
Gorbatchev dit que l'URSS est "excessivement puissant", qu'il y a une inadéquation entre moyens et fins dans la politique.
Brejnev est très affaiblit après un accident ce qui fait accroître le pouvoir de ces conseillers. Andropov est à la tête du KGB et donc au courant de tout. On pourrait voir la stabilité des cadres aussi comme un garant du succès. Mais on sait que ces cadres sont attachés à leurs privilèges plus qu'au sens de responsabilité. L’appareil est coupé de la base, incapable de communiquer, mobiliser et innover.
Pour conclure, on peut dire que Gorbatchev est un peu trop schématique sur Brejnev. Il ne dit pratiquement rien sur Andropov, qui a véritablement lancé les expressions de "Glasnost" et "Perestroïka" et qui a vu la nécessité de réformes, d'une amélioration de la légalité socialiste (il lutte contre l'arbitraire). Andropov a aussi déjà décrit le problème des nationalités comme "plus fort que la lutte des classes", tandis que Gorbatchev considère, en 1987, le problème des nationalités comme résolus.
La révolution d'octobre reste un des principaux piliers de la puissance et de la solidité de l'URSS.
Mikhail Sergeyevich Gorbatchev est un homme autoritaire, impulsive, et narcissique. Il a un sentiment de supériorité qui vient des Européens et des Américains, mais il est détesté dans l'URSS. Il a un soucis de décider lui-même; la relation avec ses ministres et conseillers et souvent difficile, avec l'exception d'Édouard Chevardnadzé, ministre des affaires étrangères, avec lequel il a des rapport idéologiques et personnels intensifs. Il hésite souvent dans ses décisions. (Un autre conseiller: Dachitchev. Il croit qu'en politique, il y a une loi: Avant de faire le 1e pas, il faut réfléchir au dernier).
Gorbatchev demande beaucoup de réflexion de la part de ces conseillers. Dès 1985, ils lui font remarquer l'urgence du dossier afghan et du dossier des nationalités dans les Républiques. Il décide la retraite des troupes soviétiques de l'Afghanistan, ou ils se battent depuis 1979 dans une guerre qui coûte chère, n'est pas populaire et impossible à gagner. Mais il écarte les propos de ces conseillers en matière de nationalités. Il s'occupe trop de la politique étrangère mondiale que du cercle étroit du local.
Gorbatchev prie Chevardnadzé d'elaborer un document qui décrit les grands axes de la nouvelle politique étrangère. "Soyons normaux", dit Chevardnadzé, "désacralisons notre Etat." Il ne faut plus parler de lutte de camps, de lutte des classes, de deux systèmes antagonistes. Ceci est une rupture dans l'histoire mondiale.
1) La scène internationale n'est pas une scène de confrontation. Ce qui nous lie est plus fort que ce que nous sépare.
2) La guerre n'est plus un outil de la politique. Suffisance raisonnable au lieu du sur-armement (le budget national de défense atteint 16% du PNB soviétique / USA: 6.5%).
3) Surmonter la division de l'Europe sans détruire l'équilibre
Est-Ouest. "Maison commune européenne fondée sur la solidarité"
(Gorbatchev). Mais ou sont les limites de cette maison? De Brest à l'Oural? De
Vancouver à Vladivostok? (y inclus l'OTAN). Pour les minorités musulmans,
l'Europe n'est pas un point d'ancrage.
Est-ce qu'il peut avoir un mur dans cet Europe? Gorbatchev confie à ces
conseillers que le mur n'est qu'un relique de la guerre froide, mais la question
d'un démantèlement serait "prématuré." Quand ce mur est vraiment démantelé
(9/11/1989), Gorbatchev apparaît plutôt comme un acteur passif. Le
Comité Central se demande s'il faut aider la RDA. Réponse: Ni moralement ni
techniquement équipé pour une suppression de la population Est-allemande;
risque de perte de la sympathie de l'occident et de l'aide.
4) La solidarité obligatoire envers les mouvements de libération nationale n'est plus valide. L'URSS n'est plus un paradigme pour les autres pays. Chevardnadzé: "Nos alliances de jadis mettait notre sécurité en danger". Implicitement on admets une surestimation des possibilités.
5) Validité de l'héritage léniniste. On ne parle pas du Lénine visionnaire, messianique, schismatique, mais du Lénine pragmatique de la NPE.
6) Les grands problèmes internationaux doivent être résolus par l'ONU. (Etant donné que le Conseil de Sécurité n'est plus bloqué par l'URSS, l'ONU va pouvoir partiellement assumer sa responsabilité dans la guerre du golfe).
7) "La nouvelle coexistence n'est plus froide, mais constructive" (G.) L'internationalisme signifie désormais les valeurs humains.
Chevardnadzé fait même une liste des antonymes:
| Ancien | Nouveau |
| Dogmatisme | Pluralisme socialiste d'opinion (Glasnost) |
| Confrontation | Coopération |
| Surarmement | Suffisance raisonnable |
| Etat parti | Séparation de l'Etat et du parti |
| Stagnation (zastoi) | Accélération des réformes |
| Dictature du producteur | Dictature du consommateur |
| Homme en tant que rouage dans un système | Activation du facteur humain |
| Propriété de l'Etat | Propriété du citoyen |
| Politique de la force | Force de la politique; l'Etat = instrument du dialogue, de l'innovation et de la mobilisation |
Selon un conseiller, l'activisme international de Gorbatchev ne réponds pas au problèmes réels: l'effondrement économique, la crise des nationalités, la situation écologique, et la monté de la criminalité.
Il y a un memoire officielle et un passé occulte. L'histoire
(en général) était toujours censuré en URSS. Au sein de l'élite, il faut en parler
maintenant:
- L'écrasement du mouvement de Kronstadt (1921), la première révolte
anti-soviétique importante après la guerre civile. Ce mouvement joue un rôle
important dans l'adoption de la NEP.
- La famine de 1931 (conséquence du fameux plan de 5 ans de Staline en 1928)
- Les grands purges de Staline
- La défaite de l'été 1941
- Le pacte Hitler-Staline de 1939: il est contraire au DIP, mais
corresponds à l'intérêt national de l'URSS
Il y a toujours la censure sur ces sujets. Glasnost ne signifie pas liberté de parole. Le pluralisme d'opinion peut exister, mais en vue de renforcer et de défendre la ligne de la perestroïka.
Le mouvement PAMIAT est une organisation formée de nationalistes russes qui veulent faire valoir les mérites de la culture russe en dépit des autres. La thèse principale est que l'identité russe est menacé par les influences occidentales "pernicieuses, létales". L'"ouverture" vers l'occident est une ouverture vers l'immoralité, une capitulation de l'URSS devant un complot judeo-maçonique. Par conséquent, la Russie devrait quitter l'URSS pour donner une leçon.
Ce mouvement ne pose pas de danger avant 1985. Son discours devient de plus en plus anti-sémite après. Il devient connu, en 1988, quand Vladimir Jirinovsky, gagne un victoire importante lors des élections législatives.
Au sein d'un groupe de conseillers, un Revenko relève toujours la question des nationalités. Une "guerre des voix" entre les Républiques et l'Etat central est en train de se passer. De plus en plus, les Républiques déclarent la primauté de leurs lois sur les lois fédéraux. Gorbatchev propose un traité d'une nouvelle union qui mets les relations entre Républiques et centre sur des nouvelles bases (subsidiarité):
Ce traité prévoit trois niveaux de compétences:
1) Fédéral: Défense, sécurité, énergie, ..
2) Mixte: Problèmes régionaux; commission paritaire, ...
3) Républicaine: choix des responsables de la République, ...
Le nouveau traité ne voit jamais le jours (boycottage du referendum par six Républiques; coup d'Etat en URSS 19/8/1991).
En 1988, un débat à l'intérieur des universités chinoises se passe. Les attitudes présents sur Gorbatchev:
- Réformateur authentique
- Scepticisme: Où veut-il aller?
- Hostilité: Gorbatchev - fossoyeur du communisme
En été 1988, un rapport est rédigé par Li Ximing (membre de la "bande des vieux"): "Gorbatchev n'est pas un exemple". Raisons:
- La fossé entre rhétorique et réalisation
- Le marxisme-léninisme en URSS tout simplement bafoué
- Politique de fuite en avant: A la mesure ou il échoue, il prends de plus en
plus de pouvoir.
- Il se lance sur la voie de l'économie de marché, voie dont il ignore tout.
- Politique des nationalités incohérente; colonialisme à l'intérieur de la
Russie.
- Attitude vers l'occident: "sans moi, le chaos". Fausse perception.
Aussi démonstration d'une mendicité en face de l'occident. L'aide de
l'occident sert à enterrer le communisme.